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Jean-Hervé Yvinec, Patrick Bonneau
Le Berlèse
Extraction des arthropodes de la litière
mardi 23 décembre 2008


12/08


AUTRES CONCEPTIONS

Utilisation d’une cuvette : une solution économique proposée par notre collègue Christian Perez.

Matériel nécessaire :

  • 1 seau
  • 1 grille
  • 1 bassine dans laquelle on découpe le fond (plastique ou métal)
  • 1 morceau de tissu
Résultat final : (encombrement 50cm3)
photos : Christian PEREZ

Le linge blanc permet la déshydratation de la matière, évite la condensation et facilite le repérage des petits coléos foncés qui s’échappent par le haut (Curculionidae principalement).

Berlèse bac Curver :

Notre collègue Nicolas KOMEZA du forum insecte.org : https://www.insecte.org/forum/ , spécialiste des Curculionidae, utilise pour sa part des bac en plastique rigide de type « Curver » avec couvercle clippé.

Berlèse réalisé avec un bac Curver
Photo : Nicolas Komeza

Nicolas Komeza écrit :
« Pour les Curcus, il faut pratiquer assidûment le tamisage. Pour ma part j’utilise le tamis de Winkler : sorte de grand sac en toile avec un tamis intégré et une extrémité refermable. Je tamise tous types de milieux : du marais au coteau affleurant an passant par la litière forestière. C’est en tapant tout azimut qu’on arrive à apprécier les secteurs les plus riches en bestioles.
Pour traiter ces résidus de tamisages, il est clair qu’il faut un système pour faire sortir les bestioles. Pour ma part, je n’utilise pas le Berlèse type formé d’un entonnoir tout simplement parce que l’entonnoir n’est pas facile à positionner et à trouver. De plus le système prend beaucoup de place. J’ai opté pour un système de boites type bac avec couvercle sur laquelle je perce les côtés que je remplace par de la toile (assure la ventilation !).
Je mets un joint au couvercle pour qu’il soit hermétique et je dispose dedans un panier fait de grillage plastique de maille 5x5 mm dans lequel reposent les résidus de tamisage. Il ne faut pas omettre de mettre des cales sous le panier afin que celui-ci ne touche pas le fond.
Ensuite, je regarde tous les jours pendant une semaine et je laisse environ 3 semaines à 1 mois. En moyenne 95% des insectes sortent en 2 ou 3 jours selon la quantité de résidus et leur humidité.
Il suffit de récolter les bestioles au fond du bac ainsi que sur les bordures du panier et le couvercle. L’avantage est que ce piège est peu meurtrier car ne tue pas les invertébrés tombant au fond (quoiqu’il ne faille pas les laisser trop longtemps car c’est alors la dessiccation qui s’en charge !) et permet de sélectionner les groupes et espèces (le reste pouvant être libéré au fur et à mesure). »

Que tamiser ?

A peu près tous les milieux organiques sont intéressants. Mais voici quelques exemples pour vous donnez des idées.
Le tamisage de litière de bergerie donnera des Histeridae, Tenebrionidae et des clavicornes (sens large).

Les fumiers de poulailler et nids d’oiseaux sont riches en Histeridae, Tenebrionidae, Hydrophilidae ; Dermestidae (parfois), Trogidae et Ptinidae...

Dans les tas de foin et de paille, on peut découvrir des Ptinidae, Staphylinidae, Anthicidae, clavicornes en général dont Latridiidae, Cryptophagidae, Pselaphinae et Scydmaenidae...

Alexiidae, Sphaeorosoma querceus
Tamisage de paille en forêt de Compiègne

La litière de feuilles au pied des arbres héberge Carabidae, Byrrhidae, Curculionidae, Endomychidae, Mycetophagidae, Cryptophagidae...

Acalles micros, Forêt de Compiègne
Tamisage de litière accumulée dans un creux comportant quantité de bois pourrissant.
Porthmidius autriacus
Rare élateride trouvé au tamisage de paille et de litière en Forêt de Compiègne.
Bryaxis curtisii
Petit pselaphide typique de la litière

Le terreau des cavités de troncs creux fournit Elateridae, Histeridae, Curculionidae, Latridiidae, Tenebrionidae, etc.

Phloeophagus lignarius
Terreau de cavité de hêtre en forêt de Compiègne

Les laisses de mer livrent des Pselaphinae, Histeridae, Staphylinidae, Tenebrionidae, Heteroceridae, Carabidae... A cette occasion, ne pas oublier de prendre et tamiser le sable sous les laisses.
Les masses de mousses cachent Byrrhidae, Salpingidae, Scydmaenidae, Anobiidae, Ciidae, Alticinae (Mniophila muscorum), Cerylonidae, etc.

Une mention particulière pour les détritus de gros orages ou d’inondation qui, en variant suivant la saison, peuvent apporter toutes les familles de coléoptères entraînés par l’eau. Il convient, bien entendu, de faire cette récolte immédiatement après l’orage ou l’inondation pour ne par laisser aux insectes le temps de reprendre leurs esprits et, conséquemment, la poudre d’escampette !

Mais bien d’autres amas végétaux et organiques peuvent être examinés comme les tas de roseaux coupés, les champignons...

Comment tamiser ?

Le tamisage se pratique traditionnellement avec un tamis Winkler.
Le tamis Winkler est un outil, léger et intégré, ce qui limite l’encombrement. De ce fait, on peut le conserver en permanence dans son sac.
La partie supérieure du Winkler reçoit le prélèvement que l’on secoue vigoureusement pour tamiser, en utilisant les deux poignées. La forme particulière de cette partie supérieure est conçue de manière à pouvoir s’appliquer contre un tronc d’arbre. Ceci permet de brosser ou d’écorcer en récupérant le maximum de matériaux (mousses par exemple) et d’insectes, dans le tamis placé dessous.
Ensuite, à l’aide d’un coup de main ou plutôt de poignet, rapide à acquérir, on vide la partie haute.
Au milieu se trouve la grille de tamis qui permet de séparer les restes organiques, de grandes tailles (feuilles brindilles ...), des insectes et des petits débris qui tombent dans la partie inférieure.

La partie inférieure sert de récepteur.
Quand on veut vider le sac, il suffit de dénouer la ficelle et de transférer le contenu dans un sac poubelle.
Attention si vous êtres en voyage de quelques jours et que le contenu n’est pas traité rapidement, privilégiez les sacs en toile qui éviteront moisissures ou fermentation et la perte des insectes.

Mais on peut aussi opter pour une solution très simple. Elle consiste à utiliser un tamis au-dessus d’une nappe plastique (de préférence de couleur claire).
Le blanc ou le jaune permettent de repérer plus facilement les insectes qui cherchent à s’échapper.

Dans certains cas, et bien des entomologistes s’en contentent, il est possible de s’arrêter là et de recueillir les arthropodes à vue.
Mais il est bien plus rentable de procéder à l’extraction des insectes par dessiccation au berlèse.

Une fois l’échantillon tamisé on le verse dans un sac poubelle (ou mieux un sac à gravats plus résistant). Le contenu sera ensuite déversé dans un berlèse au retour.
Attention à ne pas laisser trop longtemps le prélèvement dans le sac sinon il y aura de la perte.

Conclusion

Nous espérons que ce petit article contribuera à démocratiser cette technique finalement assez simple.
Elle ne demande que peu d’investissement de la part de l’entomologiste. Ainsi que nous avons cherché à le montrer, de nombreuses façons de concevoir un berlèse sont possibles. Certaines, à conditions d’être un minimum bricoleur, sont même très peu onéreuses et peuvent se réaliser uniquement avec des matériaux de récupération.

L’intérêt de cette technique est important vu la productivité de l’extracteur berlèse. Pour peu que les prélèvements aient été faits judicieusement, de nombreux insectes peu courants peuvent être obtenus ainsi.
Il est conseillé de tamiser les sédiments et matières organiques au préalable pour en tirer le meilleur parti. Ceci permet de réduire substantiellement le volume des échantillons en concentrant les arthropodes.
Les entomologistes aguerris préparent le travail pour maximiser l’intérêt de la récolte.
On peut ainsi créer des habitats favorables des semaines ou de mois à l’avance : accumulation de tas de feuilles et autres matières organiques au creux des arbres, ou encore amasser de la paille ou du foin en tas ...
Donc à vous de jouer !


Remerciements

Nous voudrions remercier ici les collègues qui ont participé à la réalisation de cet article en fournissant quelques idées et également en relisant et donnant leurs avis afin de rendre texte et photos plus clairs et explicites.
Il s’agit de : Nicolas KOMEZA, Christian PEREZ, Dominique Poirier-Ducrocq, Léo CHEKIR, Eric Serres.

Fait à Compiègne et à La Bouilladisse, le 20/11/2008
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