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Une araignée sociale du Gabon : Agelena consociata
(Araneae, Agelenidae)
vendredi 9 février 2007



Arno Szwab - 02 07

Les Araignées comptent plus de 35000 espèces identifiées et la quasi-totalité de ces espèces présente une agressivité envers leurs congénères pouvant aller jusqu’au cannibalisme (dure vie pour les mâles). Les Araignées les plus "communes" et les mieux connues du grand public sont sans doute les orbitèles faciles à repérer avec leurs toiles géométriques.
Cela laisse souvent l’impression trompeuse que toutes les araignées sont des animaux solitaires (sauf peut-être lors de la reproduction ou lors de l’émergence des cocons). Or cette idée est fausse puisque, sans parler de suite des espèces sociales sur lesquelles nous allons revenir, des cas de subsocialité peuvent simplement s’observer chez nous, dans nos habitations ou nos jardins, lors de l’émergence des cocons par exemple. C’est le cas de nos Pholcus phalangioides (Famille primitive des Pholcidae) dont les jeunes restent regroupés relativement longtemps autour de la femelle avant de se disperser.
C’est aussi le cas dans une moindre mesure avec les jeunes Epeires diadème (Araneus diadematus - Araneidae) lors de la sortie du cocon que tout un chacun a eu, ou aura, l’occasion d’observer.

Ce type de tolérance s’observera aussi lors de la période de reproduction. En effet, une socialisation temporaire (disons tolérance) est également observable chez des espèces solitaires. Nul besoin d’aller bien loin puisque dans nos contrées, Agelena labyrinthica vit fréquemment en couple pendant la belle saison mais cela a ses limites et hors période de reproduction, l’intolérance règne entre les individus.

Araneus diadematus
Emergence de cocon
d’Araneus diadematus
(Araneae, Araneidae)
Photo - Dimitri Geystor
ref : 7756
Agelena labyrinthica
Couple d’Agelena
labyrinthica
(Araneae, Agelenidae)
Photo - Arno Szwab
ref : 11704
Achaearanea disparata
Toile collective de
Achaearanea disparata
(Araneae, Theridiidae)
Photo - Pauline Montécot
ref:16399

Différents niveaux d’organisation peuvent être rencontrés au sein d’une même famille. Ainsi chez les Agelenidae on observe des espèces solitaires comme Agelena gracilens, des formes subsociales comme Coelotes terrestris et des formes sociales comme Agelena consociata et A. republicana (Bernard A. [1]).

Cette intolérance disparaît chez les espèces sociales permanentes. On peut en effet observer des regroupements d’araignées constituant parfois des sociétés de plusieurs milliers d’individus !
Le cas le mieux connu étant sans doute celui de l’espèce guyanaise Anelosimus eximius (Araneae, Theridiidae) dont la prédation a fait l’objet d’un article sur le site par J.J. Peres.

Ce phénomène reste tout de même relativement rare puisque sur les quelques 35000 espèces d’araignées connues, on ne recense qu’une quinzaine d’espèces d’araignées sociales à travers le monde (Aviles L. 1997 [2]) et toutes vivent en zone tropicale.

Agelena consociata - Une araignée sociale du Gabon

- Un grand merci à Pauline Montécot pour les photos et les données stationnelles qu’elle nous a communiquées. -

Il existe 3 espèces connues d’araignée sociales au Gabon :

Les biotopes des 2 espèces d’Agelena sont différents, A. consociata fabrique des nids beaucoup plus imposants qu’A. republicana dont les plus grands dépassent à peine 1 mètre de diamètre mais peuvent se succéder sur plusieurs dizaines de mètres...
Selon Darchen R. 1976 [3], A. consociata préfère les forêts épaisses en bordure de marigots où les colonies peuvent construire d’immenses toiles alors que A. republicana, plus héliophile semble-t’il, préfère les berges des rivières, ses constructions sont plus légères et généralement se localisent à l’extrémité des rameaux.

Agelena consociata (Araneae, Agelenidae)
Une araignée sociale du Gabon.
Photo - Pauline Montécot
Gabon : 20 01 2007 : Assiami, haut ogooué - altitude : 450 m
Agelena consociata
Vue partielle
d’un édifice
d’Agelena consociata
(Araneae, Agelenidae)
Photo - Pauline Montécot
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Gabon : 20 01 2007 : Assiami
haut ogooué - altitude : 450 m

Agelena consociata
Détail d’une retraite
avec quelques individus
au premier plan.
(Araneae, Agelenidae)
Photo - Pauline Montécot
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Gabon : 20 01 2007 : Assiami
haut ogooué - altitude : 450 m

Agelena consociata
Individu face ventrale
Détail de la structure
des toiles
(Araneae, Agelenidae)
Photo - Pauline Montécot
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Gabon : 20 01 2007 : Assiami
haut ogooué - altitude : 450 m

Chez les araignées sociales, chaque individu est en soi indépendant mais étroitement lié au groupe de par son mode de vie, tous les adultes sont de plus féconds.
Il n’y a pas à proprement parler de notion de « groupe » ou de reconnaissance particulière intra-groupe (on reviendra sur ce point ci-dessous), les castes et la hiérarchie n’existent pas contrairement aux insectes sociaux.

La coopération se « borne » si on peut dire à l’entretien de la toile et à la capture des proies, plus les proies sont grosses et se débattent, plus elles attirent de monde (c’est utile de vivre en groupe). Jusque 20 à 40 araignées peuvent se nourrir simultanément sur la même proie et des cas de régurgitation ont été observés pour nourrir les juvéniles (Riechert 1985 [4], Riechert et al 1982 [5]).
L’entretien collectif de la toile permet aussi le maintien d’une retraite collective, le reste étant essentiellement des nappes servant à la capture des proies. L’ensemble est bien évidemment maintenu à la végétation par des accroches faisant penser à un échaffaudage (voir à ce propos les images jointes à la fin de l’article).

Vue d’une toile collective
Photo - Pauline Montécot ref:16081
Gabon : 20 01 2007 : Assiami, Haut Ogooué - altitude : 450 m

Mais hormis cela, chacun est « libre » si on peut dire.
En fait cette socialité existe chez quasi toutes les espèces aux jeunes stades (voir par exemple les sorties de cocon d’Epeire dont nous avons parlé plus haut). Dans le cas précis de ces Agelena et des autres araignées sociales, la tolérance qui existe chez les jeunes après l’émergence va se prolonger jusqu’à l’état adulte.

Comme le signalent Darchen et Delage-Darchen (1986) [6], un individu provenant d’une autre colonie s’intégrera sans difficultés dans une nouvelle colonie, en fait les groupes sont ouverts à de nouveaux arrivants (c’est d’ailleurs un gage de brassage génétique !). Les araignées reconnaissent les individus de leur espèce et cela se limite à cela (c’est donc totalement différent de ce qu’on observe chez les insectes qui vivent en colonie, tels de nombreux hyménoptères et qui ont un lien de parenté étroit entre chaque individu).
Dans notre cas par contre, il n’y a pas à proprement parler et nécessairement de "fratries" par nid.

Krafft (1982) [7] explique à ce propos que la communication entre les individus est basée sur une communication chimique (classiques phéromones) mais aussi et surtout basée sur les vibrations, une sorte de « langage » où les vibrations servent à transmettre une info codée, la synchronisation des mouvements étant fondamentale pour détecter une proie.

Concernant la formation des nouvelles colonies chez les araignées sociales, celle-ci peut débuter soit à partir d’une seule femelle, soit à partir d’un groupe d’immatures, soit à partir d’un groupe d’adultes et d’immatures.
Chez A. consociata, le premier cas serait inexistant d’après Darchen et Delage-Darchen (1986) qui ne signalent que les 2 autres types de fondation d’une nouvelle colonie. Néanmoins Riechert et al (1985) mentionnent des colonies allant de 1 à plus de 1000 individus, le premier type de fondation semble donc bel et bien possible.

La relative apparence de vide qui peut régner sur ces toiles en pleine journée est sans doute trompée par les habitudes de ces araignées. Le rythme d’une journée chez Agelena consociata est semble-t-il d’une régularité très particulière et c’est vraiment le soir que les adultes vont s’activer et sortir des retraites collectives (pour l’entretien des toiles en particulier puis la chasse).
L’activité de prédation est donc elle aussi essentiellement nocturne.

Mâles et femelles sont de taille équivalente, mais concernant la sex-ratio, les mâles sont semble-t’il moins nombreux que les femelles.
Darchen (1975) [8] évoque par ailleurs le fait qu’il y ait un parallélisme entre la ponte et la saturation de l’air en humidité. La période de novembre à janvier correspondant aux mois où le plus grand nombre de cocons sont observés, mais les pouponnières n’en sont pas pour autant toujours nettement visibles au sein des colonies.

- Merci à mon ami JJ Pères pour la relecture -

Pour en savoir plus sur les araignées sociales voir également l’article de JJ PERES sur la prédation chez Anelosimus eximius (Araneae, Theridiidae) - Guyane française.

BIBLIOGRAPHIE

[1BERNARD A. - sans date. De la vie solitaire à la coopération sociale
chez les Araignées.
- Groupe d’Etude des Arachnides - rub. Observations.

[2AVILES L., 1997. Causes and consequences of coopération and permanent-sociality in spiders. In : Evolution of social behavior in insects ans arachnids (Choe, J. & B. Crespi Eds.), Cambridge Univ. Press, Cambridge, pp 467-498.

[3DARCHEN, R . 1976. La fondation de nouvelles colonies d’Agelena consociata et d’Agelena republicana, Araignées Sociales du Gabon . Problemes eco-ethologiques . C. R. III col. Arach. Fr., Les Eyzies ,20-39 .

[4RIECHERT, S . E. 1985 . Why do some spiders cooperate ?, Agelena consociata, a case study. Insect Behay. Ecol. symp . 1984 . Florida Entomologist, 17 :105-116. et al 1985

[5RIECHERT, S . E. and J. LUCZAK . 1982 . Spider foraging : Behavioral responses to prey . Pp. 353-385, In Spider Communication : Mechanisms and Ecological Significance (P . N. Witt and J . Rovner, eds.). Princeton Univ . Press, Princeton, New Jersey.

[6DARCHEN, R. & DELAGE-DARCHEN, B. 1986 Societies of spiders compared to the societies of insects. J. Arachnol. 14, 227-238.

[7KRAFFT, B. 1982. Eco-ethology and evolution of social spiders . Pp. 73-84. In Social Insects in the Tropics (P. Jaisson, ed.) Universite Paris-Nord, Paris.

[8DARCHEN, R . 1975 . La fondation de nouvelle colonies d’Agelena consociata et d’Agelena republicana, araignees sociales du Gabon . Problèmes éco-ethologiques . C. R. IIIeme Coll . Arachnol . Express. franc ., Les Eyzies. pp. 20-39.

Dernière mise à jour :
jeudi 2 mars 2017