[Arocatus sp.] Arocatus bien planqué

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Ber13
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Message par Ber13 » lundi 7 janvier 2019, 20:11

Bonjour,

Il me semble que le genre Arocatus fera affaire pour ce Miridae, mais pour l'espèce j'ai vu que les choses ne sont pas bien claires entre roeselii et longiceps, j'ai lu à peu près tout ce qu'on peut trouver sur le forum et ailleurs, longiceps a l'air d'un mirage. Ce qui fait que pour ma part je reste sur Arocatus roeselii. S'il y a du nouveau, je suis preneur :)
La photo du specimen sur papier millimétré est celle d'un individu qui se promenait sur un vieux Platane, du coup j'ai soulevé une écaille de l'écorce et là y avait du monde ! :)
Au fait, quand ils ne sont pas sous les écorces, où sont-ils ? Je demande ça parce que je n'en avais pas encore vu, en haut des arbres ?


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Bernard Ginesy : France : Marseille : 13013 : 07/01/2019
Altitude : 118 m - Taille : 6,2 mm
Réf. : 221541

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Bernard Ginesy : France : Marseille : 13013 : 07/01/2019
Altitude : 118 m - Taille : 6,2 mm
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Modifié en dernier par Ber13 le mardi 8 janvier 2019, 23:02, modifié 1 fois.

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Fraf
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Message par Fraf » mardi 8 janvier 2019, 15:56

Oui, en haut des arbres.

Pas sûr que les populations françaises hivernant sous écorces de platanes appartiennent à la même espèce : théoriquement, il devrait s'agir de longiceps, mais il semble qu'une population au moins de roeselli puisse se comporter de la même manière...

On a eu un jour un espoir suite à la présentation par Barış Çerçi d'un spécimen turc typique présentant des appendices clairs... Argument balayé par Paride Dioli, d'après lui, la coloration n'est d'aucune aide là-dessus, et il ne jure que par les proportions de la tête... Depuis, j'étiquette systématiquement tous mes Aroacatus en "sp.", voire 'sp. cf." quand je suis motivé...

Il n'en reste pas moins que le tien a la tête drôlement allongée, surtout vu ainsi en vue dorsale bien nette sur papier millimétré, et, n'en déplaise à certains, je lui trouve les appendices bien pâles, comparés aux miens dont la tête est également plus courte... Alors s'il le fallait, je miserais bien quand même un shilling sur un "vrai" A. longiceps.

Je crois que J.-C. Streito avait un temps évoqué l'idée de tirer cela au clair, et de rassembler une large collection de spécimens afin de les comparer, et, peut-être, de les séquencer...

Ber13
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Message par Ber13 » mardi 8 janvier 2019, 23:02

Merci pour ta réponse :) J'ai lu que le séquençage avait été fait, sans pouvoir conclure qu'il y avait deux espèces, mais je n'ai pas trouvé le protocole et de toute façon je ne suis pas compétant pour reprendre ou analyser ce type de recherche.

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Fraf
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Message par Fraf » mercredi 9 janvier 2019, 10:12

Alors si tu as un lien, ou une source, pour le séquençage, je suis preneur. D'ailleurs, mea culpa, il ne s'agit pas nécessairement d'un séquençage, mais bien d'une analyse ADN : il y a bien des façons d'analyser l'ADN, de façon comparative, sans pour autant le séquencer (ce qui fonctionnerait, mais serait particulièrement fastidieux, au vu de l'objectif : un peu comme de préparer ses prochaines vacances en Corse en faisant construire un pont partant du continent : on doit pouvoir trouver des moyens plus simples d'arriver aux mêmes fins).

En ce qui concerne les Arocatus "platanicoles" français, la seule façon de trancher serait d'analyser un échantillon important constitué de nombreux spécimens issus de plusieurs localités : que ce soit une analyse génétique, ou morphologique, par exemple, cela permettra de déterminer si les spécimens français se répartissent en UNE ou DEUX catégories, en clair, s'il existe un continuum entre eux tous, ou bien s'il y a un gap : auquel cas, on saura si on a affaire à une ou deux espèces, que l'on pourra déterminer ultérieurement (a priori, A. longiceps ou A.longiceps ET A. roeselli).

Je n'ai plus mes docs sous les yeux, donc je cite de mémoire ce que j'en ai compris / retenu (au passage, c'est une excellente méthode, ne pas toujours se référer à ce que l'on lit, mais à ce que l'on pense en avoir compris : cela permet d'en éprouver, justement, la compréhension, de mettre en lumière les confusions qui persistent, et de corriger et s'améliorer ; une méthode que j'exhorte les élèves à appliquer plus régulièrement (avec des résultats plus que relatifs, je dois bien l'admettre, mais bon, cent fois, sur le métier, ...) : il faut simplement veiller à avertir l'auditoire de ne pas forcément prendre ce qui suit pour argent comptant.

Pour l'essentiel de ce que j'en ai compris/retenu :
* A. longiceps est décrit de Méditerranée orientale ; il se caractérise par sa tête allongée. Le Platane est connu pour être sa plante-hôte.
* A. roeselii est plutôt connu, historiquement, sur les Aulnes. il a la tête plus trapue.

Le longiceps type a également les appendices clairs, le type de roeselii, les appendices sombres. Cependant, rien n'indique que tous les longiceps doivent être ainsi, et inversement, et donc que ce critère soit déterminant.

Donc quand, en Europe, on trouve des pullulations d'individus sous les écorces de Platane, on est tenté de les considérer comme longiceps... Sauf que voilà, tous les individus qui pullulent l'hiver sous les écorces des platanes de nos grandes villes européennes ne semblent pas présenter une population uniforme. Alors quoi ? grande variabilité intraspécifique ? ou présence de plusieurs espèces ? Et dans ce cas, laquelle/lesquelles ? le longiceps historique, le roeselii, voire une nouvelle espèce ? Si tant est qu'il s'agisse bien de deux espèces différentes ?


Il en résulte une très grande confusion, certains retenant un nom plutôt qu'un autre. Par exemple, pour les organismes anglais, A. roeselii est officiellement la seule espèce connue de Grande Bretagne : par conséquent, tous les individus sont systématiquement étiquetés en A. roeselii, sans se poser plus de question.

On avait, historiquement, un cas similaire avec la confusion Graphosoma lineatum / Graphosoma italicum : tu devrais (si ce n'est pas déjà fait), lire l'excellent article d'Edessa sur le sujet. En gros, deux types ont été définis, puis des "intermédiaires" (?) ont été supposément observés. S'en est suivie une confusion des deux, dans l'attente de savoir si les deux constituaient des espèces valides, ou bien simplement des "types" ou "formes" d'une même population globale plus homogène qu'on pourrait alors appeler une espèce. Le travail d'Edessa a fini par trancher (les deux espèces sont valides et bien distinctes) mais, en attendant, les deux noms (surtout celui de lineatum, malheureusement, il faut bien le reconnaître...) ont été utilisés un peu n'importe comment, et s'en est suivie une grande confusion.

Ici, à mon avis, c'est un peu le cas. Les suggestions de roeselii et longiceps pour nos populations platanicoles européennes se réfèrent en fait très rarement à des spécimens de roeselii typiques, que l'on n'observe de toutes façons que de plus en plus rarement (sur Aulne, par exemple, où le longiceps typique n'est historiquement pas connu...). Et je ne suis pas convaincu que les références à roeselii pour ces spécimens soient vraiment pertinentes, même s'ils y ressemblent beaucoup, pour certains (comme les miens, par exemple...) : c'est peut-être bien vrai, mais, àmha, cela mériterait d'être établi...
Il faudrait déterminer, par l'examen ou l'analyse des types et la comparaison avec un vaste échantillon, s'il s'agit bien d'une ou deux espèces, et à laquelle on a affaire. La définition d'espèce, très humaine, et donc artificielle, est délicate, mais repose globalement sur la capacité d'un groupe à se maintenir dans le temps, c'est à dire à constituer une population compatible à la reproduction, et donc non isolée génétiquement ; chez les insectes, Arthropodes dotés d'un exosquelette externe rigide et articulé (la cuticule), ce qu'il y a de bien (c'est-à-dire, de pratique, pour nous), c'est que la reproduction fait appel à des pièces rigides (les genitalia, qui s'"emboîtent" de façon complémentaire, un peu à la manière d'un système "clef-serrure") : deux animaux présentant des genitalia notablement différents, même s'ils présenter par ailleurs des différences morphologiques notables, ont toutes les chances de pouvoir s'accoupler avec la même femelle, et donc de constituer une population compatible à la reproduction, c'est-à-dire une espèce. Inversement, si les individus se ressemblent beaucoup, mais que leurs genitalia sont très différents, ce sont vraisemblablement des espèces différentes (cas des espèces dites cryptiques, comme par exemple Lygaeus equestris / simulans).
De la même façon, certaines régions du génomes ont tendance à être très proches chez les individus appartenant à un même ensemble reproductif, et différents chez les populations isolées : c'est le cas du COI, par exemple.

Un examen comparatif des genitalia des types, ou d'"individus typiques", dont l'identification est assez sûre, et/ou des analyses génétiques, comparés à un vaste échantillon de spécimens peuvent, seuls, permettre de trancher cette question (si tant est qu'il soit nécessaire ou utile de la trancher, ce qui est loin d'être évident, au vu des moyens qu'il est nécessaire d'engager, mais ça, c'est une autre question...). Et, pour le moment, je n'ai pas connaissance d'une telle étude.

Alors, comment on peut aider ? Je te rassure, ni toi, ni moi, n'avons a priori la capacité technique et matérielle de le faire. Par contre, qui voudra et pourra la conduire aura besoin de matériel : c'est dans cette perspective que je prévois d'échantillonner les Arocatus autour de moi, ce qui pourra être utile à quelqu'un... J'ai entrepris de prélever quelques Arocatus, conservés dans de petits tubes, sous éthanol 70% (j'en ai également préparé certains à l'acétate d'éthyles que j'ai étalés pour mes collections, mais, ici, l'acétate d'éthyle ne me paraît pas intéressant, l'étalement n'apportant pas grand chose à la comparaison, et les spécimens séchés étant plus fragiles à expédier... Un seul petit tube scellé contenant les échantillons prendra beaucoup moins de place, sera plus solide, et largement suffisant pour l'étude envisagée) ; parallèlement, je prévois d'en placer certains sous éthanol 90%, dans l'éventualité d'une analyse ADN...
La constitution d'un échantillon assez vaste pour être représentatif, et que les résultats soient significatifs, va probablement impliquer la collaboration d'un certain nombre d'observateurs / récoltants, et c'est là que nous pouvons vraisemblablement être de quelque utilité : en fournissant de la donnée.

Une autre rectification, à ta question portant sur l'écologie : je t'ai confirmé qu'Arocatus vivait à la belle saison sur les feuilles : j'entendais plutôt par là la "partie aérienne", au sens large, le houppier, qui est leur lieu de résidence. Ce ne sont pas vraiment les feuilles qui les intéressent : ils se nourrissent principalement des graines.

Enfin, une dernière précision : le Platane commun, hôte historique d'Arocatus longiceps, est un hybride, d'introduction récente : il apparaît en Europe vers le XVIIIème siècle... Et peu d'espèces sont aussi jeunes (à part peut-être la Souris de Madère et le Moustique du métro londonien...) : pour être clair, il est très probable qu'A. longiceps existait déjà avant l'arrivée du Platane, alors il devait probablement se nourrir alors d'une autre plante, et le Platane ne serait que son hôte secondaire... Si A.roeselii a pu se déplacer de l'Aulne au Platane, alors il est vraisemblable qu'A. longiceps a pu également arriver sur le Platane depuis... ??? Et si finalement l'Aulne n'était pas l'hôte exclusif de roeselii ? Cela compliquerait singulièrement l'obtention de spécimens "typiques" dont l'identification ne poserait pas de problème, non ?

Bon, voilà pour l'essentiel de mon opinion ; je ne crois pas savoir qu'Edessa bosse particulièrement sur les Arocatus, mais, au moins, les travaux d'identification d'espèces, ça le connaît, et peut-être pourra-t-il confirmer / rectifier ce que je viens de dire (et, j'espère, pas entièrement me démentir, mais bon... :roll: ) ; et vu qu'Aleurolobus est moins présent en ce moment, son avis sera je pense intéressant...

Ber13
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Message par Ber13 » mercredi 9 janvier 2019, 21:05

Merci beaucoup pour ton compte rendu qui résume bien la situation. Je vais faire court et te répondrais plus précisément plus tard, j'y tiens car c'est toujours intéressant lorsque la description d'une espèce est en jeu.
J'ai recherché dans l'historique le lien pour l'histoire du séquençage ou analyse ADN sans succès pour l'instant mais j'ai trouvé d'autres choses, il faut que je trie et je t'enverrai ce qui me semble avoir quelque intérêt.
J'y suis retouné aujourd'hui et j'ai eu la même impression que la première fois, à savoir qu'il semble y avoir deux espèces, ou deux habitus distincts. Cette impression, je l'ai déjà eu quand j'étais passioné par les Ophrys (Orchidacée) pour lesquels les deux extrêmes de la variabilité d'un aspect morphologique nous font imaginer être devant deux espèces différentes, voire quatre ou cinq. C'est pourquoi je cherchais des données sur le génome.
Alors à bientôt pour cette petite enquête :) (peut-être queques jours)

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Edessa
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Message par Edessa » jeudi 10 janvier 2019, 1:20

J'ai remonté le post où j'ai fait une analyse des séquences d'ADN d'Arocatus le 25 décembre, car il me semble que Ber13 et Fraf sont passés à côté ?
Je recopie mon message ci-dessous pour avoir vos avis :

J’ai analysé de nouveau l’article de Hoffmann (2012) et j’ai utilisé d’autres séquences d’Arocatus, obtenues après cet article en 2014, et publiées dans Genbank (en accès libre) que j’ai alignées (avec ClustalW en accès libre) et comparées.

Hoffmann a analysé plusieurs gènes, mais je ne prendrai en compte que le gène d’ADN mitochondrial COI utilisé classiquement pour le barcoding des espèces.
Hoffmann a comparé 512 bases (sur les 658 bases constituant ce gène) de 35 individus. Ses séquences n’ont pas été publiées dans GenBank. Ses exemplaires proviennent tous de Cologne en Allemagne, sauf un qui vient de Morgat en Bretagne qu’il considère comme un vrai Arocatus roeselii, car Arocatus longiceps ne serait pas allé jusque-là (?). Résultats : environ la moitié des individus ont une séquence du gène CoI identique à A. roeselii. L’autre moitié se partage en 2 groupes, 45 % avec 2 mutations sur 512 bases et 5 % avec 4 mutations sur 512 bases.

Avec les données de GenBank, j’ai comparé les séquences de 15 autres individus (sur le gène entier de 658 bases) tous provenant de différentes villes d’Allemagne : Munich, Cologne, Bayreuth, Schweinfurt, donc quand même séparées de quelques dizaines à quelques centaines de km. J’observe des résultats proches de ceux d’Hoffmann : 53 % des individus ont exactement la même séquence que l’A. roeselii de Bretagne, et l’autre moitié se partage aussi en 2 groupes, 27 % avec 5 mutations et 20 % avec 8 mutations. Ce qui est magique en biologie moléculaire, c’est que les mutations sont précisément aux mêmes positions sur le gène ! On fait ici de la génétique qualitative et non quantitative ! J’ai retrouvé exactement les mêmes positions de mutations entre les séquençages d’Hoffmann et les séquençages qui ont été faits après et indépendamment, en recalant les 658 bases par rapport aux 512. Comme les séquences de 658 bases sont plus longues, le groupe à 2 mutations de Hoffmann correspond au groupe à 3 mutations de GenBank (1 mutation était hors des 512 bases) et le groupe à 4 mutations de Hoffmann correspond au groupe à 8 mutations de GenBank (4 mutations étaient hors des 512 bases). Comme le mentionne Hoffmann, les 3 groupes vivent également ensemble, mélangés, sans lien avec une zone géographique, un biotope ou une plante hôte.

Si on admet que le premier groupe est bien A. roeselii et que les 2 autres sont associés à A. longiceps, on peut dire que 8 mutations sur 658 bases au maximum séparent ces 2 « espèces », soit une variation de 8/658 = 1,2 %. J’ai aussi aligné la séquence d'Arocatus melanocephalus sur GenBank à celles des 2 autres « espèces ». Sur les 300 bases en commun, j’ai observé 35 mutations, soit une variation de 35/300 = 11,7 %. Cette variation supérieure à 10 % correspond bien à ce que l’on observe entre espèces réellement différentes chez les Hétéroptères comme entre Carpocoris mediterraneus et Carpocoris fuscispinus ou entre Graphosoma italicum et Graphosoma lineatum, ce que vous avez pu voir dans de récents articles (en accès libre)...
Une variation de 1 % est de l’ordre de ce que l’on observe au sein d’une même espèce, c’est-à-dire la variabilité intraspécifique ou entre sous-espèces si elles sont relativement isolées génétiquement depuis peu.

L’hypothèse que l’on peut donc formuler est que A. roeselii et A. longiceps sont génétiquement trop proches pour former 2 espèces différentes et qu’elles s’hybrident. C’est là tout l’intérêt de la biologie moléculaire dans des cas difficiles comme celui-ci. C’est d’ailleurs corroboré par les caractères morphologiques (choisis par les taxonomistes) qui s’entremêlent, d’où tous les débats à ce sujet sur ce forum. Jordi Ribes a passé des années à mettre en synonymie C. mediterraneus avec C. fuscispinus pour le même motif, sauf qu’il avait tort, car il existe plus de 10 % de différence entre ces 2 espèces et des critères morphologique et biogéographique stables. Une bonne partie des hétéroptéristes européens continuent à mettre G. italicum en synonymie avec G. lineatum pour le même motif, sauf qu’ils ont tort, car il y a également plus de 10 % de différence entre ces 2 espèces et cinq millions d’années d’isolement entre elles, suite à la crise Messinienne.
Pour Arocatus, le fait que 3 formes coexistent ensemble aux mêmes endroits et qu’il n’existe donc pas de lien entre la génétique et des plantes hôtes ou des zones géographiques, semble aller dans le sens d’un mélange entre les 2 taxons et de la présence d’hybrides. Il ne s’agit pas d’une nouvelle espèce, car on verrait des individus avec une différence de 10 % ou plus, ce qui n’est pas le cas. Donc on peut supposer que les répartitions des 2 taxons étaient bien conformes aux cartes de Péricart de 1998, mais que depuis peu, le taxon longiceps a commencé à envahir le nord-ouest de l’Europe y compris la Grande-Bretagne, tout en s’hybridant plus ou moins au passage avec le taxon roeselii. Les individus avec 8 mutations correspondraient alors au taxon longiceps et ceux avec 3 mutations à l’hybride roeselii x longiceps.
Il conviendrait donc de considérer A. longiceps comme un synonyme de A. roeselii, ou comme la sous-espèce Arocatus roeselii longiceps puisque roeselii a été décrit le premier.
Pour en être bien sûr, il faudrait évidemment échantillonner puis séquencer d’autres individus et surtout des individus collectés plus au sud au sein de l’aire de répartition « initiale » du taxon longiceps. Si on ne trouve que des individus à 8 mutations dans le sud-est et des individus hybrides à 3 mutations dans la zone de contact entre les deux taxons, mon hypothèse sera alors confirmée.
Le marin saoul monte en cirrhose au mât avec en son dos: liquorice, bacs à rhum.
Il lance son filet, ça mord et la carpe au corps, hisse à bord le spécimen. Ivre, un accroc au sternum il délire, voit des créatures de rêves et bafouille: l'est-y psa Casta?

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Message par Ber13 » jeudi 10 janvier 2019, 9:03

Merci mille ! :D Il y a là beaucoup mieux que ce que j'avais trouvé . Si je devais rajouter un grain de sel, je dirai qu'on retrouve la même problématique que pour les Ophrys (où les discutions sont interminables quant au rang spécifique de certains taxons) à savoir à partir de quand une espèce n'est plus une autre et l'on voit que le qualitatif de l'approche morphologique* bascule finalement dans le quantitatif des séquançages (1% = non, 10 % = oui) C'est très intéressant et pour ma part je ne saurais pas trancher, toutes ces approches sont utiles sans oublier les critères écologiques et phénologiques ; la synthèse de toutes ces approches est enrichissante, Errol Vela l'a bien compris pour les Ophrys.
Dans le fond on peut être très heureux d'assister à l'apparition d'une espèce, d'une spéciation, à un moment t dans un espace e, le tout en mouvement, et laisser être... (bon, je me calme :0005: )

* L'approche morphologique contient aussi du quantitatif.

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Message par Fraf » jeudi 10 janvier 2019, 18:10

Formidable !

Effectivement, j'étais passé à côté... Il faut que je relise un peu ça à tête reposée, car cela fait beaucoup de chiffres d'un coup, et je ne suis pas au mieux de ma forme, mais l'analyse détaillée que tu fais de ces chiffres est tout à fait limpide et plus que convaincante...

Reste à en faire adopter l'usage...
Edessa a écrit :
jeudi 10 janvier 2019, 1:20
Pour en être bien sûr, il faudrait évidemment échantillonner puis séquencer d’autres individus et surtout des individus collectés plus au sud au sein de l’aire de répartition « initiale » du taxon longiceps. Si on ne trouve que des individus à 8 mutations dans le sud-est et des individus hybrides à 3 mutations dans la zone de contact entre les deux taxons, mon hypothèse sera alors confirmée.
Je t'en mets combien de côté ? Je dois pouvoir te faire partir ça demain matin, si tu veux... éth. 90% ?

Dernière chose : quid de l'habitus des individus à 8 et à 3 mutations ? Est-ce qu'on peut les mettre en corrélation avec des caractères qui soient utilisables sur le terrain ?

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Message par Edessa » samedi 12 janvier 2019, 19:44

Non, pas la peine de m'envoyer des exemplaires.
Comme je le disais à Eric, je ne souhaite pas mener une étude de l'ampleur de Graphosoma sur Arocatus.
Ben déjà ma spécialité c'est les Pentatomoidea et pas les Lygaeidae, j'ai d'autres projets en cours, et puis c'est quand même coûteux en temps et en argent le barcoding.
Je me disais juste que cela pourrait en inspirer d'autres pour qu'ils se lancent ?
Mais comme pour Leptoglossus, il faudrait faire un petit article reprenant mon analyse pour que cela soit lu (dans un forum ce n'est pas assez visible) afin que cela suscite un intérêt pour qu'une équipe lance un projet.
Dans une telle étude, tu as raison, il faudrait associer individu par individu le génotype au(x) phénotype(s) pour comprendre.
Le marin saoul monte en cirrhose au mât avec en son dos: liquorice, bacs à rhum.
Il lance son filet, ça mord et la carpe au corps, hisse à bord le spécimen. Ivre, un accroc au sternum il délire, voit des créatures de rêves et bafouille: l'est-y psa Casta?

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Message par Fraf » mercredi 16 janvier 2019, 16:48

Moi, j'aime bien les Lygaeinae...
Écrire ne me fait pas peur, en revanche, je ne suis ni compétent, ni équipé pour le barcoding, et, sans ça, j'ai bien peur qu'il n'y ait pas grand chose à raconter... Difficile sans ça de faire mieux qu'Hoffmann, qui lui, au moins, a barcodé, et dont je trouvais déjà l'argumentation assez fragile...

Ou alors, avec une étude comparative des édéages, ça, je dois pouvoir faire, mais pas sûr que ça donne quelque chose... Les spécimens de Bernard ont l'air déjà assez différents de ceux que je collecte ici, encore que je n'ai pas encore eu le temps de les examiner dans le détail : les siens, on a vraiment envie de leur donner du longiceps sans confession, surtout sur papier millimétré, comme ça...

Des mesures précises (par informatique et avec un micromètre) des proportions de la tête, avec un comparatif de différentes populations, c'est également dans mes cordes. Mais vu que je ne fais pas partie d'une université, mais d'un lycée, je vais avoir du mal à faire passer tout le matériel de séquençage sur le budget régulier, je pense... :mrgreen:

Je dois pouvoir me procurer assez facilement des spécimens du 13, en quantité appréciables, pour les comparer aux "miens", et étendre un peu la collecte. Je n'ai pas les paramères en tête, je en me souviens même plus s'ils sont figurés chez Péricart, mais, a priori, si les paramères de longiceps et roesellii ne présentent pas de différences notables, et s'ils forment un ensemble bien distinct de, par exemple, melanocephalus, cela devrait constituer, sinon une preuve, du moins un argument à l'absence de barrière reproductive, et à la constitution d'une seule et même entité, donc une espèce, quoique présentant des variations (sous-espèces, populations, ou croisements que l'on ne pourra pas alors qualifier d'hybrides...).

Si je suis correctement, il faut, en plus des différents échantillons de population platanicoles, du roesellii typique pour pouvoir conclure, qui devient, à ce que j'ai compris, difficile à trouver ? Sur les Aulnes, c'est bien ça ? Quelqu'un en a déjà pris ?
Et j'imagine qu'un extragroupe ne fera pas de mal non plus, comment on trouve melanocephalus ?

En imaginant, bien sûr, que les trois "espèces" (?) rencontrées en France, roeselii, longiceps et melanocephalus, soient plus étroitement apparentées entre elles que n'importe quel autre Arocatus, ce qui est loin d'être évident... Peut-être quelques Arocatus asiatiques[/i] constitueraient-ils des extra-groupes plus intéressants, voire même des Thunbergia / Caenocoris, pour servir de comparaison...

[edit:] Je viens de me replonger dans Péricart (1998), ce que j'aurais de toute évidence dû faire avant de poster ici ; les genitalia de longiceps ne sont pas figurés, mais donnés comme "similaires à ceux d'A. roeselii" ; par ailleurs, ceux de roeselii et melanocephalus sont figurés, et présentent des différences notables. De même, aussi bien roeselii que longiceps son cités comme variables en forme et coloration, avec de nombreuses variétés décrite sans valeur taxinomique apparente - le champ des variations de ces deux espèces semblant en effet se recouper. Enfin, les principaux critères utilisés pour discriminer roeselii de longiceps reposent seulement sur les proportions de la tête et du rostre, et semblent assez flous : tête "distinctement plus longue" que la distance interoculaire contre "pas plus longue" pour roeselii, melanocephalus étant lui donné comme "plus court" ; pareil pour le rostre : si l'on peut montrer qu'il n'y a pas de discontinuité dans la répartition des rapports céphaliques chez roeselii et longiceps, on peut montrer qu'il n'y a pas de rupture et d'isolement reproductif, et donc une seule espèce, en éventuellement deux (ou plus) sous-espèces. Un travail long, et pas forcément payant, mais à ma portée.

Je pense que je vais profiter de l'hiver pour collecter des spécimens, que je pourrai étudier plus tard.

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