[Tropidothorax leucopterus] punaise de l'asclépiade.

Qu'elles soient terrestres, amphibies ou aquatiques, toutes les punaises se donnent rendez-vous ici.

Animateur : Vinz

Avatar du membre
zaglosse
Membre
Enregistré le : jeudi 28 février 2008, 9:14
Localisation : Isère

Plante hôte très toxique : punaise de l'asclépiade.

Message par zaglosse » lundi 17 août 2009, 14:08

Merci pour les renseignements.... Je ne désespère pas
Zaglosse

Balises :

Avatar du membre
Fraf
Membre confirmé
Enregistré le : lundi 24 août 2009, 10:31
Localisation : Nice (06)
Contact :

[Tropidothorax leucopterus] punaise de l'asclépiade.

Message par Fraf » vendredi 4 août 2017, 12:19

La plupart des Lygaeinae se nourrissent de plantes très toxiques pour les Vertébrés (l'Homme, OK, mais surtout les lézards et les oiseaux, leurs principaux prédateurs). Ces plantes doivent leur toxicité à deux grandes familles de molécules, les cardénolides (glycosides ayant un effet toxique sur le cœur), et les alcaloïdes.

Plusieurs études ont pu démontrer, d'une part, la résistance de plusieurs espèces à plusieurs toxines des plantes dont elles se nourrissent, et, d'autre part, le stockage de plusieurs de ces toxines pour plusieurs espèces de punaises également, les rendant également toxiques elles-mêmes. On n'a bien sûr pas démontré la résistance et le stockage chez toutes les espèces de punaises pour toutes les toxines alimentaires rencontrées, mais c'est généralement admis.

En fonction de leurs capacités à résister à telle ou telle toxine et à la stocker, ces punaises ont des exigences écologiques différentes ; par exemple, on a retrouvé chez Caenocoris nerii quatre molécules toxiques du Laurier rose, auxquelles il est capable de résister, et qu'il est capable de stocker. Chez Spilotethis pandurus, que tu as évoqué, une de ces toxines a été retrouvée, lorsqu'il se nourrit également de Laurier rose. Il y a fort à parier que Caenocoris nerii, vivant exclusivement sur le Laurier rose, a développé plus d'adaptations à cette espèce ; d'un autre côté, Spilostethus pandurus, lui, est moins bien adapté au Laurier rose lui-même, mais au vu de ses exigences écologiques (polyphage très opportuniste), on peut imaginer sans peine que, s'il ne stocke pasbien les poisons du Laurier rose, il y est tout de même immunisé, et pas uniquement à ceux du Laurier rose, puisqu'on le retrouve également, comme tu l'indiques, sur Dompte-venin, par exemple...

Spilostethus furculus est connu uniquement sur Morelle noire, et Datura, avec certitude (en France, je ne l'ai jamais observé se nourrir que sur Morelle noire). Ses plantes-hôtes sont très toxiques, mais ne contiennent pas de cardénolides, mais plutôt une autre famille de poisons, les alcaloïdes ; je n'ai connaissance d'aucune étude sur la résistance et le stockage des alcaloïdes par les punaises, mais c'est cependant hautement probable.

Cette spécificité est très coûteuse, puisque la punaise doit produire quantité de molécules pour résister et stocker ces poisons, molécules pour lesquelles elle doit posséder des gènes, qu'elle doit répliquer dans chacune de ses cellules : la production de ces molécules et le stockage des gènes coûte de l'énergie, ce qui en soi constituerait un handicap évolutif pour la punaise, à moins qu'elle n'en retire un avantage plus grand.
Cet avantage, en fait, est double : d'une part, en exploitant des plantes très toxiques auxquelles elle résiste, elle s'assure ainsi une concurrence moindre, puisqu'elle est l'une des seules, sinon la seule, à pouvoir s'en nourrir. L'autre avantage est bien sûr lié à sa toxicité, qui la protège contre des prédateurs éventuels.
Sauf que cela ne sert absolument à rien d'être toxique si cela ne se sait pas : un oiseau qui mangerait une punaise hautement toxique en mourrait peut-être, mais cela ne ramènerait pas la punaise qui serait toujours bel et bien mangée ; d'où l'intérêt des couleurs vives.
Au cours de l'évolution, de nombreux animaux ont développé une aversion pour les couleurs très contrastées, comme le rouge et le noir, ou le jaune et le noir. Un lézard que le rouge et noir répugne mangera moins souvent d'animaux toxiques, donc aura une plus grande espérance de vie, et plus de chances de transmettre son patrimoine génétique, lequel est en partie responsable de l'aversion pour le rouge et le noir. D'un autre côté, une punaise toxique rouge et noire aura moins de chances d'être mangées, donc transmettra également préférentiellement cet héritage génétique : c'est de la co-évolution entre l'insecte et son prédateur.
Ce type d'exhibition de couleurs vives est appelé aposématisme, c'est assez fréquent dans la nature (la guêpe en est un autre exemple...)

Le développement de l'aposématisme fait également l'objet de processus évolutifs intéressants chez les Lygaeinae : en effet, il faut noter que plus il y aura d'insectes toxiques rouges et noirs (et pas forcément les mêmes, ni même de la même espèce) se ressemblant, et plus les prédateurs qui les évitent auront tendance à être sélectionnés alors que les prédateurs qui les consomment auront tendance à être éliminés. Ainsi, des espèces pas forcément apparentées peuvent évoluer dans une même "direction", et finir par se ressembler (au moins en terme de couleurs), parce que la ressemblance sera un avantage évolutif. L'exemple le plus connu est celui des Pyrrhocoridae (Gendarme et Cie), qui ne sont pas particulièrement proches des Lygaeinae, mais auxquels on trouve souvent une ressemblance, au moins superficielle (en fait, quand on y regarde de plus près, à part la couleur...)

L'autre exemple est le parallélisme : dans le cas de la convergence, deux taxons qui ne se ressemblent pas forcément à l'origine voient leurs différences favorisées, et vont finir par se ressembler superficiellement. Dans le cas du parallélisme, on parle plutôt de taxons qui sont très proches ; l'exemple le plus connu est celui de Lygaeus simulans, la bien nommée, espèce cryptique de Lygaeus equestris, et découverte seulement dans les années 1980. Les deux espèces sont très proches, et issues d'un ancêtre commun, qui devait beaucoup leur ressembler, au moins pour ce qui est de l'apparence extérieure. Cette apparence extérieure, et notamment la coloration, déterminant l'aposématisme, lorsque les deux espèces se sont séparées, chaque fois qu'une punaise différait trop de la couleur originale, elle perdait cet avantage de l'aposématisme, et était défavorisée, si bien qu'elle n'était pas sélectionnée. Au final, les deux espèces sont assez différentes (comme deux autres espèces, ni plus, ni moins), mais dans leur apparence extérieure, elle n'ont pratiquement pas changé, et sont restées si semblables qu'il est souvent difficile de les distinguer (il a d'ailleurs fallu plus de deux siècles aux scientifiques pour y parvenir...)

Avatar du membre
pierred
Webmestre galerie
Enregistré le : mercredi 20 avril 2005, 6:58
Localisation : Paris
Contact :

[Tropidothorax leucopterus] punaise de l'asclépiade.

Message par pierred » vendredi 4 août 2017, 13:03

Merci pour ces développements...
Pierre D.

Avatar du membre
zaglosse
Membre
Enregistré le : jeudi 28 février 2008, 9:14
Localisation : Isère

[Tropidothorax leucopterus] punaise de l'asclépiade.

Message par zaglosse » vendredi 4 août 2017, 13:35

Très intéressant, merci.
Pour la petite histoire, j'ai fini par trouver Tropidothorax chez moi en Nord Isère en 2016, sur Dompte-venin bien sûr, mais en faible nombre. Cette année, j'ai vu aussi quelques larves...
Zaglosse

Avatar du membre
Fraf
Membre confirmé
Enregistré le : lundi 24 août 2009, 10:31
Localisation : Nice (06)
Contact :

[Tropidothorax leucopterus] punaise de l'asclépiade.

Message par Fraf » vendredi 4 août 2017, 13:49

zaglosse a écrit :sur Dompte-venin bien sûr
Hé hé hé... :0007:

Avatar du membre
ehrhardt
Membre confirmé
Enregistré le : vendredi 7 avril 2006, 7:32
Localisation : 68700 CERNAY - ALSACE
Contact :

[Tropidothorax leucopterus] punaise de l'asclépiade.

Message par ehrhardt » vendredi 4 août 2017, 13:54

Merci pour ces informations très intéressantes à tous points de vue. :D
Paule et Michel

Avatar du membre
Fraf
Membre confirmé
Enregistré le : lundi 24 août 2009, 10:31
Localisation : Nice (06)
Contact :

[Tropidothorax leucopterus] punaise de l'asclépiade.

Message par Fraf » vendredi 4 août 2017, 14:28

De rien. Les Lygaeinae sont passionnants. Mais j'ai l'impression qu'en dehors de la biochimie et de la systématique, personne ou presque ne s'intéresse à leur biologie ou leur écologie. En tant que famille, du moins. Il y a plein d'articles passionnants à droite à gauche sur tel ou tel point, mais pas grand monde pour se donner la peine de les rassembler et de les compiler.

Un jour, si j'en ai l'occasion, j'essaierai de faire un article de synthèse, sur la famille (en vulgarisation, j'entends...)

Avatar du membre
Vinz
Animateur
Enregistré le : jeudi 10 mai 2007, 18:56
Localisation : Vaucluse (84)
Contact :

[Tropidothorax leucopterus] punaise de l'asclépiade.

Message par Vinz » vendredi 4 août 2017, 14:59

Ne te prive surtout pas :D
Vinz
"C'est bon les PATATES !!"

Avatar du membre
Fraf
Membre confirmé
Enregistré le : lundi 24 août 2009, 10:31
Localisation : Nice (06)
Contact :

[Tropidothorax leucopterus] punaise de l'asclépiade.

Message par Fraf » vendredi 4 août 2017, 15:25

J'aimerais prendre le temps d'être sûr de moi, avant... Quand je relis l'article que j'ai écrit sur wp sur les Protostegidae, j'ai tellement honte que je n'ose même pas le reprendre pour l'améliorer. Ça a le mérite d'exister... et c'est à peu près tout...

Répondre Sujet précédentSujet suivant

Retourner vers « Hétéroptères »